Olfactocoaching: des odeurs dans la trousse à outils du coach

Parmi nos 5 sens, il en est un qui est peu souvent considéré, parfois même moins que le 6e, lorsqu’il s’agit d’accompagner des personnes en coaching.
Notre rapport à l’odorat
Et finalement, c’est de façon générale que l’odorat est souvent relégué à un statut de sens secondaire, celui dont à l’époque du Darwinisme, on se serait bien passé car il nous rapprochait de nos cohabitants les animaux et leurs instincts.
L’odorat évoque aussi la séduction, mise en scène avec glamour par l’industrie du parfum. Il joue un rôle de protection lorsqu’il suscite notre dégoût face à ce qui pourrait nous nuire ou nous incommoder. A l’inverse, il nous met en appétit lorsque nous l’associons à notre autre sens chimique, le goût.
Une chose est indéniable, nous vivons dans un monde essentiellement audiovisuel – et de plus en plus. Quels sont alors la place et le crédit que nous accordons aux autres sens ? Que peuvent-ils nous apporter ?
Longtemps restée dans l’ombre, l’olfaction offre pourtant un des chemins les plus directs vers notre cerveau. Lorsqu’une odeur est perçue, l’information transite rapidement par des zones liées aux émotions, à la mémoire et à l’intuition : le système limbique. Être instantanément replongé dans un lieu ou auprès d’une personne, avant même d’avoir compris ce qui se passe… L’expérience est familière.
L’odorat a ceci de particulier, en outre, qu’il est lié à notre respiration : nous pouvons, plus ou moins facilement, choisir de ne pas regarder, de ne pas écouter, de ne pas toucher, de ne pas goûter. Ne pas sentir, c’est un peu plus compliqué. Cela en fait un sens à la fois omnipotent et profondément inconscient.

Recherche sur l’odorat
La recherche scientifique sur le sujet a beaucoup progressé ces dernières décennies. En 2004, Linda Buck et Richard Axel ont reçu le prix Nobel pour leurs découvertes sur les récepteurs olfactifs, révélant à quel point ce sens est complexe et sophistiqué.
Plus récemment, le Covid a remis l’odorat au centre de l’attention scientifique. La pandémie a révélé comme il influence notre énergie, notre perception et même notre sentiment de présence au monde.
Les travaux du neuroscientifique Moustafa Bensafi apportent un éclairage complémentaire : lorsqu’on perçoit une odeur, le cerveau capte non seulement le stimulus olfactif, mais aussi le contexte émotionnel et mémoriel qui lui est associé. Une image peut surgir, et le cerveau rejoue l’expérience comme si elle se déroulait au présent — la personne y est réellement. Les images olfactives activent ainsi les réseaux sensoriels associés, faisant de l’odorat un accès privilégié à des couches profondes de l’expérience vécue.

Accompagnement avec les odeurs
C’est sur cette idée que repose l’Olfactothérapie, une méthode d’accompagnement psycho-corporel créée par Gilles Fournil dans les années 1990 et qui a pour objectif d’aider à révéler ses potentiels, dépasser ses croyances et retrouver la paix intérieure.
Et si c’est ce que les odeurs permettent en effet, pourquoi ne pas les utiliser en coaching ?
C’est la question pertinente que s’est posée une coach, Elisabeth Molina, en co-créant avec Gilles Fournil l’Olfactocoaching.
Olfactocoaching
L’olfactocoaching intègre les odeurs dans la mallette du coach. Pas n’importe quelles odeurs. Tout comme pour l’olfactothérapie, on parle exclusivement d’huiles essentielles, identifiées et reconnues pour leur dimension archétypale et d’évocation. Certaines nous renvoient à notre sécurité, d’autres à nos désirs ou encore nos motivations, notre engagement, notre créativité, nos idées ou notre spiritualité.
L’odeur vient accompagner la question coachante dans divers contextes d’accompagnement : soutenir une nouvelle orientation ou un nouveau projet professionnel, comprendre ce qui freine ou bloque, désamorcer nos peurs face à un évènement redouté, par exemple.
L’olfactocoaching peut également soutenir l’accompagnement d’équipes ou de groupes : pour soutenir l’expression, cartographier une équipe ou encore travailler sur la vision collective, notamment.
Comment ? C’est là toute la magie. Qui s’expérimente plus qu’elle ne s’explique.
Le cadre de l’olfactocoaching
En olfactocoaching, on utilise des huiles essentielles pures à des fins d’olfaction. Il n’y a pas de contact physique avec la substance et donc pas de risque associé.
L’odeur, qu’elle nous soit agréable ou non, de par son pouvoir évocateur, mobilise des émotions, des idées, des réponses difficilement accessibles par la seule voie mentale, parfois même rendues inaccessibles par cette dernière. Le coach reste dans sa posture et son éthique habituelle. Il questionne et reformule, il accueille. Jamais il ne s’aventure sur un terrain thérapeutique qui n’est pas le sien.

Mon expérience en olfactocoaching
C’est par une coïncidence – pour ceux qui y croient – que j’ai repéré la proposition d’Elisabeth Molina parmi les multiples offres de stages, formation et supervision qui s’échangent quotidiennement sur le canal mail du réseau des coachs formés comme moi chez Coach & Team, une école exigeante, ancrée dans un univers très professionnel, qui forme des coachs d’individus, d’équipe et d’organisation.
J’ai été immédiatement interpellée. Et l’envie s’est imposée sans délai.
Peu connectée à mon corps et à mes sensations, je consacre pourtant beaucoup d’énergie à tenter de m’y relier — avec un mental qui reprend souvent le dessus. Or si un de mes sens est plus affuté que les autres, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien l’odorat. Le monde des odeurs m’a toujours intriguée, sans toutefois que j’y investisse beaucoup de recherche, tant il me semblait complexe et scientifique.
Alors l’idée de me laisser guider par une odeur, sans passer par le mental, avait de quoi me séduire.
Je me suis inscrite à un module d’introduction en ligne — oui, en ligne : Elisabeth envoie à chaque participant un kit olfactif. Cette première expérience m’a d’ores et déjà fascinée.
J’ai ensuite suivi un module consacré à l’accompagnement des groupes avec les odeurs. Puissant.
Enfin, je me suis rendue à Aix-en-Provence pour quatre journées intensives de formation à l’accompagnement individuel avec les odeurs.
Dans toute formation à l’accompagnement — qu’il s’agisse de thérapie, de coaching ou d’olfactocoaching — on est à la fois apprenant et terrain d’expérimentation. On travaille sur soi, on teste la méthode, on permet aux autres de s’exercer. C’est à la fois une évidence et une façon redoutable d’identifier le crédit que l’on peut accorder à une méthode.
Si, en tant que participante, avec mon mental hyperactif boulimique de nouvelles infos, techniques, idées, approches, l’odeur arrive à me parler en direct, à susciter de l’émotion, à m’envoyer des images, alors même que je suis tout à la fois en train d’analyser la posture de mes pairs qui pratiquent, les protocoles utilisés, les interventions de l’enseignante, tout en pensant bien évidemment, à mes rendez-vous de la semaine suivante, à ma famille restée à la maison, à ce que penserait tel ou tel collègue de ce que je suis en train d’expérimenter, j’en conclus que la méthode est puissante.
Je ne me revendique pas d’un esprit scientifique. Mais lorsqu’une approche fait sens, me touche et parvient à court-circuiter mon mental agité, je peux lâcher ce critère et accepter de ne pas tout expliquer. Je laisse le soin à d’autres, plus experts, de s’en charger.
Ce qui demeure, c’est la conviction d’avoir découvert un levier particulièrement facilitant dans l’accompagnement et l’envie de l’explorer et de le partager.

Olfacto-coach, really ?
Autant dire que, dans un contexte où le métier de coach nécessite déjà souvent d’être clarifié — tant il peut être galvaudé ou susciter du scepticisme — évoquer l’olfactocoaching peut, à première vue, ajouter une couche de complexité, voire d’opacité. Le scepticisme est légitime ; il invite à encore plus d’exigence dans notre cadre et nos pratiques.
Cela étant, cette rigueur ne peut priver le coach d’explorer de nouvelles voies au service de ses coaché.es. C’est exactement pour cette raison que les odeurs ont rejoint ma trousse à outils, au service d’une pratique de coaching exigeante.
J’utiliserai l’outil avec discernement : lorsque la réflexion tourne en rond, lorsqu’un accès différent peut être utile, lorsqu’il est bienvenu de sortir du registre purement mental ou plus simplement, lorsque l’envie de « sentir », dans tous les sens du terme, se manifeste.
En savoir plus :
L’olfactocoaching à la source : https://www.olfactocoaching.com/